Littérature : Quid des femmes africaines ?

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Chimamanda Ngozi Adichie.

Contrairement aux idées reçues, le continent noir n’est pas dépossédé d’écrivaines. Par ce billet, je ressens le besoin impérieux de mettre en avant une autre facette de l’Afrique noire: celle d’une région regorgeant d’écrivaines à la plume innée et raffinée. En outre, il s’agit de contredire toutes ces critiques qui avancent insidieusement qu’en Afrique, les livres ne servent que d’éventails.

Et pourtant, lhistoire africaine montre que les femmes noires ont également connu la révolution qui a permis leur accès à ce plaisir secret qu’est la lecture. En effet, leur rapport aux livres et à la lecture a été une ascension à la fois, lente et difficile. Système patriarcal oblige, elles n’avaient pas le droit de lire car le livre étant considéré par la société africaine comme objet de découverte de soi, de tentation et de passion pour la gent féminine. De cet fait, une femme noire qui lisait, appréhendait des connaissances qui, dès lors, l’empêchait de se soumettre. La révolution littéraire a ainsi permis à l’Africaine de s’émanciper, de s’approprier le livre mais aussi pour (certaines) d’apporter leur pierre à la construction de l’édifice littéraire du continent.

Cependant, dans le sillage des précurseurs de la littérature noire africaine, force est de constater qu’il n’existe pas une pléthore d’écrivaines. Seules les plus pugnaces, ont réussi à pénétrer ce cercle pourtant réservé aux hommes noirs. Nonobstant, celles qui y arrivent et qui s’affirment, ont au gré de récits inspirés, réussi à mettre en lumière la réalité africaine.

Parmi les écrivaines africaines qui, ont transcender plus d’un par la qualité flamboyante de leur plume, il me faut citer la sénégalaise Mariam Ba. Cette intellectuelle de l’après-indépendance est une des pionnières de la littérature noire féminine. Parmi ces œuvres majeures, “une si longue lettre“, que j’ai eu l’occasion de dévorer sur les bancs du lycée. Ce livre est sans doute aucune, une ode à la femme africaine. L’écrivaine dénonce avec poigne, la condition féminine, le mariage précoce ou la polygamie. De ma lecture, je retiendrais surtout ce petit passage clairvoyant : « On ne prend pas rendez-vous avec le destin. Le destin empoigne qui il veut, quand il veut. Dans le sens de vos désirs, il vous apporte la plénitude. Mais le plus souvent, il déséquilibre et heurte. Alors, on subit…». Mariam Ba reste indéniablement une de celles qui posèrent les jalons de la littérature féminine subsaharienne. Dans sa lignée, je n’omettrais pas de mentionner l’emblématique Aminata Sow Fall ou la militante pur l’émancipation des femmes,Ama Ata Aidoo.

Grâce à ces figures de proue, il existe à l’aune du 21e siècle, des jeunes romancières qui ont repris le flambeau et qui sortent subrepticement des sentiers battus (écrits sur la colonisation, négritude…). Elles constituent aujourd’hui, la nouvelle vague d’écrivaines noires avec toujours cette volonté mordicus d‘apporter une touche de modernité à la littérature noire.

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Leonora Miano

Parmi ces nouvelles figures, mention spéciale à la camerounaise Léonora Miano. Plume-épée, arme d’insurgée, verbe enflammé, Léonora Miano surprend plus d’un par ses écrits. Sournoisement ou brutalement, elle brise les codes d’écriture adoptés jusque là par ses pairs.A l’image de sa Nouvelle « Volcaniques : une anthologie du plaisir ». Une Nouvelle qui ne fait pas l’unanimité auprès des prudes et qui brûle littéralement le lecteur africain mais qui, a le mérite d’être clair : la sexualité de la femme noire ne devrait plus être tabou. A propos de sa Nouvelle, l’auteure argue : « s’interdire de se montrer dans une posture de désir et de jouissance serait une conséquence de la racialisation… ». En effet, dans ce recueil de paroles, l’écrivaine et ses acolytes évoquent le désir de la femme africaine, son dilettantisme sexuel, l’orgasme et l’érotisme le tout emprunt d’humour. Parmi ces chefs d’œuvres, on citera également Les aubes écarlates, Ces âmes chagrines et son dernier roman « la saison de l’ombre » qui lui a valu d’ailleurs, le prix Femina 2013.

Plume élégante et encore fertile mais faisant échos à ses pensées. Elle, ce n’est autre que Chimamanda Ngozi Adichie. Écrivaine phare de cette nouvelle génération, féministe affirmée, l’auteure nigériane est en phase de connaître une renommée mondiale. Ses livres ont été traduit dans trente langues. On lui doit notamment « l’Hibiscus pourpre », un roman relatant de manière épistolaire et avec un certain lyrisme, les violences domestiques à l’encontre des femmes en Afrique noire. Son tout dernier roman « Americanah » parle duchoc des civilisations Afrique-Amérique. Outre la qualité de sa plume, la romancière est aussi adoubée pour son talent d’oratrice notamment pour son célèbre discours : «Nous devons tous être des féministes ». Elle représente aujourd’hui, un modèle pour beaucoup d’entre nous et une influence pour beaucoup de jeunes femmes intellectuelles du continent.

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Pour finir, un paysage sans doute pittoresque mais subjectif de ma part, me diriez-vous. Certes! Malgré une liste non exhaustive, certaines écrivaines qui manient savamment l’écriture pourraient sans doute parfaire mon dessin. Hélas! Je ne pourrais toutes les mentionner. En revanche, cet état des lieux personnel prouve que la littérature féminine africaine reste encore un énorme champ à défricher. Nul doute que l’émergence des nouveaux médias laisse entrevoir une génération d‘écrivaines en herbe capable de rendre audibles leurs voix par la qualité de leur plume même secrète.

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Josette
Economiste de formation, passionnée de communication. Mon souhait le plus ardent: un monde sans exclusion, sans discrimination, sans inégalités et sans pauvreté. Mes écrits servent d'échos à mes pensées les plus farfelues. Bienvenue dans ma forteresse!
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One thought on “Littérature : Quid des femmes africaines ?

  1. Bonjour Josette,

    Je viens de publier une biographie sur Jeanne Duval haïtienne, intitulée « Jeanne Duval, l’Aimée de Charles Baudelaire ». Bien des mystères entourent cette femme à qui je donne une voix. Si les muses inspirent les poètes, que dit la muse du poète ?

    « Biographie courte et poétique sous forme de récit de l’Aimée de Charles Baudelaire, Jeanne Duval, qui a vécu dans le Paris bohème du 19 ème siècle. Elle a côtoyé La Sabatier, Emma Calvé, Edouard Manet, Félix Nadar et Gustave Courbet. Découvrez qui était cette femme amoureuse, muse du poète. »

    https://www.amazon.fr/Jeanne-Duval-lAim%C3%A9e-Charles-Baudelaire-ebook/dp/B01IG3JD32/ref=asap_bc?ie=UTF8

    Bien à vous, poétiquement vôtre
    Karine yeno Edowiza

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