Le vélo et son charme désuet dans ma contrée !

 

 

Le vélo en Guinée n’est pas roi comme dans d’autres contrées d’Afrique. Pour apporter une once de lumière sur l’utilisation du vélo dans mon pays, il faut en préliminaire, commencer par soi, se prendre pour point de départ, mais non pour but. Je me dois donc de vous conter mon expérience personnelle.

Tout commence dans cette belle cité des ingénieurs quelques parts en Guinée. Là-bas, les standings de vie des familles étaient différents les uns des autres. Ce qui faisait que les enfants de la cité n’avaient pas tous les mêmes chances de jouir pleinement du bonheur de posséder un deux-roues. En fait, la présence d’un vélo dans une famille lambda avait une connotation positive. Cela signifiait augmentation de revenus, changement de statut ou aisance matérielle. Dans ma cité, posséder donc un vélo (BMX ou VTT), à l’instar d’une voiture, relevait du privilège et appartenait uniquement aux nantis. Ainsi, un parent qui se hasardait à l’offrir à sa progéniture voulait le récompenser pour ses bonnes notes à l’école, pour sa bonne conduite ou en guise de cadeau d’anniversaire.

En ce qui me concerne, mon rapport au vélo a été une expérience aussi ludique que périlleuse. Je l’avoue ! J’ai toujours eu une peur bleue de monter à vélo. Autant je ne l’avais pas encore, autant je m’en méfiais diablement. Il faut dire que mon père y était pour quelque chose. Pour lui, l’usage du vélo est considéré comme quelque chose de masculin. « C’est pour les garçons, me disait-il, et toi, tu es une fille ». De son gré, les filles étaient trop fragiles pour conduire un vélo. Elles risqueraient de se faire mal, de se blesser et se faire des vilaines tâches.  Il me le rabâchait incessamment. Alors pas question de permettre cela. Paradoxalement, mes frères n’avaient que faire du vélo, ils préféraient passer leurs vacances à jouer au Nintendo ou au ballon.

Il m’a fallu donc attendre une éternité avant de goûter au plaisir que pouvait me procurer l’usage du vélo. Jusque-là, je me contentais du seul spectacle offert par les voisins. Assise sagement sur la terrasse de la maison familiale, le regard perdu dans ce décor pittoresque, je m’amusais et me délectais des nombreux aller-retours des voisins sur leurs vélos. Sur les pentes de la rue adjacente à nos maisons, mes copines et leurs frères roulaient à bride abattue sans se soucier de tomber. Je les enviais énormément et eux, ils me le rendaient si bien en me narguant amicalement par un coucou.

Qu’à cela ne tienne, mon supplice s’est arrêté un après-midi ensoleillé d’Août, quand ma mère en a eu marre de me trouver toujours assise sur le perron en train de scruter les voisins. Elle décida à l’insu de mon père que l’heure était enfin venue pour moi de connaître ma première expérience à vélo. Elle profita donc de son absence à l’étranger pour m’acheter un vélo. Le jour d’après, j’avais enfin mon nouveau joujou: un BMX tout flambant. J’allais enfin pouvoir rendre la pareille à mes amis en devenant actrice et non spectatrice de la magie enchantée des deux roues.

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En compagnie de mes frères, mon apprentissage a été rapide et efficace, j’étais fière de sortir enfin de l’enceinte de notre maison pour aller épater mes voisins. Ils étaient là, stupéfaits. C’était à leur tour de savourer mes prouesses. Un tour, deux , puis trois tours à vélo, je faisais déjà mes preuves. En revanche, l’enchantement n’a duré que quelques semaines avant que n’arrive le jour fatidique: ce moment où le charme du vélo se rompit irrémédiablement. Ce fut le jour où je tombai pour la première fois devant mes camarades et m’écorchait le front, le genou, le coude et la paume de la main. Le vélo, pour moi, s’était désormais fini. Pendant, un long moment, je n’y ai plus touché. Mon expérience avec le vélo a donc été placée sous le sceau d’une aventure dangereuse.

Par ailleurs, force est de constater que le vélo possède un autre aspect que celui, ludique, que les enfants comme moi lui ont prêté. En effet, l’usage du vélo comme activité ludique s’estompe petit à petit quand on se déplace de la ville vers les campagnes. Ainsi, analyser la place du vélo en Guinée revient à opposer la zone rurale et la zone urbaine. Dans les villages et les campagnes, la bicyclette comme on l’appelle là-bas, représente une nécessité vitale pour les habitants et elle est profondément ancrée dans une réalité de survie quotidienne.

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@UNESCO

Exemple du village de Sibata dans la région forestière de Guinée, où  le vélo est l’oxygène de vie des paysans. C’est lors de mes vacances à Sibata que j’ai compris ce qu’est réellement le vélo, et l’importance qu’il revêt pour les plus démunis. Je vous explique! C’était une de ces matinées fraîches, où les mangues trop mûres tombaient nonchalamment dans la cour de mon grand-père et où l’odeur des goyaves se faisait imposante, que je fus témoin d’un véritable film qui se déroulait devant mes yeux. L’histoire a eu lieu devant le puits du village et avec quatre acteurs principaux qui se servaient du vélo dans une logique de survie quotidienne.

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Le premier, un paysan sur sa bicyclette revenant de la chasse, son gibier accroché à un des roues, s’était arrêté pour remplir sa gourde d’eau et papoter avec ces bonnes femmes du matin. Il allait loin, au prochain village, pour rapporter le gibier à sa femme qui devrait en faire le repas de la journée. Peu après, je vis cet autre paysan à la fois pressé et inquiet, transportant sa femme enceinte au centre de santé du coin, sur une bicyclette d’infortune. Cette action paraissait banale pour les habitants du village alors que pour moi, elle était incroyable. Ensuite, une troisième personne: un jeune garçon âgé d’une dizaine d’années était sur le chemin de l’école du village qui se trouvait à 10 km. Il n’était pas seul. Il partageait la même bicyclette avec son jeune frère.

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Enfin, le film se terminait avec une femme bien âgée mais encore endurante. Cette dernière après avoir rempli ses bidons jaunes d’eau du puits, les accrochaient à son vélo et repartait pour une destination lointaine.  Arpentant les routes non bitumées du village, ces quatre personnes, bien que différentes, avaient toutes une raison primordiale de s’approprier la bicyclette. L’enjeu était vital pour elles. Ce qui relevait d’une activité de loisir pour moi ne l’était pas pour ces quatre personnes susmentionnées. Le vélo pour eux, c’était un moyen de transport, à l’instar de la voiture. Par ce moyen, elles accomplissaient quelque chose d’une envergure importante. Elles survivaient à la vie.

Des vies humaines dépendent sans doute chacune de l’usage de la bicyclette comme moyen de transport. L’enjeu est même pécuniaire pour certains propriétaires de vélo, qui s’octroient le luxe de le transformer en vélo-taxi. C’est le cas dans les grandes villes guinéennes comme Kankan, Nzérékoré ou Macenta. Il s’agit de transporter une personne ou des marchandises d’une place à une autre, d’un marché à un autre ou d’un village à un autre. Toutefois, même si le vélo est considéré depuis Mathusalem comme moyen de locomotion pratique et abordable pour les habitants des zones rurales, on assiste depuis une dizaine d’années à leur obsolescence. Les vélos-taxis disparaissent lentement pour laisser la place aux taxis-motos. Avec ces derniers, on est loin du côté écologique latent du vélo, les taxi-motos contribuent largement à la pollution contrairement au vélo, qui a longtemps été considéré comme un transport doux, préservant l’environnement.

Pour finir, je pense qu’il nous faut tous, et sans exception, connaître une expérience à vélo. Pour certains adolescents, le vélo devient de plus en plus ringard et délaissé, au profit de nouveaux loisirs. Chez moi, les plus petits qui n’ont pas connu « les années Gatsby » du vélo tentent de connaître ce charme suranné du vélo. Avec eux, j’ai la vague impression que le vélo a encore de beaux jours devant lui.

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Josette
Economiste de formation, passionnée de communication. Mon souhait le plus ardent: un monde sans exclusion, sans discrimination, sans inégalités et sans pauvreté. Mes écrits servent d'échos à mes pensées les plus farfelues. Bienvenue dans ma forteresse!
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