Josette NIANKOYE

Déchirée

Déchirée est l’histoire d’une adolescente de 14 ans.

Et toi Doussouba, c’était comment ta première fois ?
Sa nouvelle amie partait d’un rire insouciant.
Elle ne soupçonnait pas le chaos de cette interrogation.
Ta première fois c’était avec qui ? L’aimais-tu ?
Les pensées de Doussouba partaient en dérade.
Le passé renaissait avec son flot d’émotions.

Le temps n’aide pas à guerrir mais à s’habituer !

L’histoire remontait à dix ans.
Elle avait mis cinq années à comprendre ce qui lui était arrivé.
Cinq autres années à panser ses plaies.
Un jour, elle s’était résignée à sauver son âme fracassée.
Aujourd’hui, nouveau départ, nouvelle vie.
Finis les insomnies et les cauchemars agités.
Timidement, son corps et son âme retrouvaient le même langage.
Et puis, cette satanée question.
En une fraction de seconde, le temps se figeait au tour d’eux.
Cette nuit sauvage surgissait de son inconscient. Une porte s’ouvrait sur son secret.
Son esprit se butait à ce passé longtemps refoulé.

Était t-elle prête à faire le récit de son malheur ?

Ma première fois s’avoua-t-elle intérieurement !
C’était le fracas, une effraction dans tout mon être.
La nuit était tiède et la ruelle sombre, je fredonnais un air de Moussolu*
Soudain la silhouette surgissait de nulle part, un sourire imbécile aux lèvres
Tout allait tellement vite. Je tombais à la renverse.
L’homme d’un mètre quatre-vingts m’écrasait de tout son poids.

Ma première fois,
Je hurlais de douleur mais mes hurlements s’unissaient au vrombissement des véhicules
Je pleurais tout mon soûl mais mes pleurs s’élevaient dans un silence général.
J’étais prise dans une toile d’araignée que je tentais vainement de percer.

Ma première fois,
L’homme se dissipait en moi en m’assenant de coups.
J’étais sienne, comme un vulgaire morceau de papier.
Levant mes yeux, je reconnaissais celui qui m’amputait de ma vertu
Non pas lui ! Achève-moi ! Tue-moi ! balbutiais-je !
Rien n’y fit. L’homme demeurait silencieux.

L’agresseur tue toujours deux fois. La deuxième fois par le silence.

Ma première fois,
J’étais souillée, je puais, je sentais la mort, j’agonisais.
Savait-il que je passerais par là . Avait-il murement pensé son acte ?
Le silence de l’homme se solidifiait. Un de ces silences qui laissait parler le regard.
De la fierté se lisait sur ce front luisant de sueur.
Le chasseur s’enorgueillissait de sa chasse.
Fière d’avoir assouvi son appétit sexuel.
Fière de m’avoir possédé et dépossédé.
Fière comme le mont Kilimandjaro.

Ma première fois,
Mes larmes ne tarissaient pas, elles embuaient mes yeux.
Une violente douleur m’ankylosait. Je gisais à demi-morte sur ce sol caillouteux.
Pendant que mon agresseur disparaissait dans la brise de la nuit.
Emportant avec lui toute mon énergie vitale.
L’homme venait d’éteindre en moi toute lumière.
Me condamnant à vivre des jours lugubres.

Ma première fois,
C’était le voisin d’à côté.
C’était le père de meilleure amie.
C’était un cisaillement dans ma chair.
C’était une déchirure dans mon intimité.
Ma première fois, j’ai été violé…

Cette histoire est une fiction. C’est un cri de coeur face à la banalisation du viol en Guinée. Rien qu’au premier semestre 2017, plus de 95 cas de viol ont été enregistrés dans la capitale Conakry. Personnellement, je suis effrayée par les chiffres, je suis exaspérée par tant de sauvagerie. Se gargariser de grands mots et discours ne suffisent plus concrètement. L’intégration des cours d’éducation sexuelle dans les écoles est-elle une réponse ? Cette perspective m’enchante certes mais je reste persuadée qu’il faut une inclusion dans tous les champs. Éduquer oui, mais apporter parallèlement une réponse pénale comme je le précisais dans ce récent thread.

Victime de viol ou d’excision, la jeune fille est souvent assise à la table des malheurs en Guinée. Eu égard aux nombres de victimes, j’en viens à croire qu’elles sont nées pour pleurer éternellement. L’enjeu n’est plus négligeable.

*Moussolu : veut dire femmes, est une chanson de Salif Keïta.


L’école pour forger l’enfant ?

« L’école… l’école… pensais-je ; est-ce que j’aime tant l’école ? » Mais peut-être la préférais-je. L’Enfant Noir, Camara Laye. 

 

En Guinée, l’enseignement primaire est obligatoire pour tous les enfants, mais elle reste néanmoins critiquable. Comme certains le savent, je porte un projet associatif qui a vocation de favoriser le bien-être des enfants. Il y a peu de temps, j’ai été un peu bousculé dans mon élan lors de mes explorations sur les différentes pédagogies africaines. J’ai pris soudainement conscience que, dans mon pays, l’environnement éducatif devenait improductif : vétusté des infrastructures, manque d’équipements scolaires, programmes scolaires inadaptés, problème d’orientation scolaire et j’en passe.

Ce qui est navrant, c’est que les acteurs de l’éducation restent mystérieusement sourds à l’appel d’une refonte du système éducatif. Et pourtant, un impératif lorsque le trio “échec, décrochage et chômage” fait le lit de la pauvreté. En effet, plus de 60% des jeunes de 30 ans sont au chômage en Guinée. Et si par un heureux hasard, les décideurs lançaient une vaste consultation sur la reforme scolaire, je serais la première à apporter une recommandation : celle d’introduire les cours de créativité dès le primaire.  

 

Créativité, Guinée, école
Crédit photo : Unicef.

 

Tout commence par cette question des parents : qu’estce que tu veux faire quand tu seras grand ?

Ce à quoi les enfants répondent “docteur, journaliste, avocat, comptable”… Suivant la réponse de l’enfant, il est vite enfermé dans un moule et poussé vers ces “filières honorables”. Exprimet-il leur propre désir ? De mon expérience non. Ma mère voulait que je devienne pédiatre et mon père économiste. L’un d’eux a peut-être eu raison de moi je dois l’avouer. Je trouve cette question exigeante voire même un dictat. Je préfère celle-ci à la place : qu’estce que tu aimes faire ? Une manière bienveillante d’écouter les enfants.

Inversement, l’école nous apprend à lire, écrire, compter et à nous familiariser avec le monde qui nous entoure. L’élève s’assoit, écoute religieusement, répète, applique les directives, restitue à travers des évaluations, et passe en classe supérieure. En revanche, l’école ne nous apprend pas à nous explorer, à connaître notre talent et à le cultiver au quotidien. Or, le monde professionnel change, les enfants « d’alors » deviendront des jeunes qui auront besoin d’un savoir-faire créatif afin d’assurer le moment venu leur carrière professionnelle.  

 

La créativité des enfants doit s’épanouir à l’école !

Les enfants sont les plus grands créatifs du monde. Ils sont animés de cette toute-puissance qui leur permet de créer “un tout à partir d’un rien”. Et pourtant, de l’enfance à l’adolescence, ils perdent de ce génie du fait de l’environnement éducatif inadapté. Aujourd’hui, notre école se doit de cultiver la créativité des enfants. Du CP en 6e, l’enfant passe le plus clair de ses journées à l’école. Pourquoi ne pas introduire des ateliers créatifs obligatoires dans les programmes du primaire ? Des ateliers manuels et pratiques où l’enfant expérimente l’art, le bricolage, la bande dessinée, la décoration, le cinéma, la danse, la photographie tout en puisant dans les réalités culturelles du pays.

Quelques exemples montrent qu’en Afrique du Sud, les programmes scolaires comportent dès le CP, des cours de “Life Skills”. Cet enseignement de 6h par semaine permet de développer le savoir, savoir-être et savoir-faire des enfants. Il comprend des cours de connaissances de base, d’activités créatrices, d’éducation physique et de cours de bien-être. Les autres systèmes éducatifs africains devraient s’inspirer de cette forme de pédagogie qui met en lumière l’imaginaire des élèves.

D’un côté, je ne me bornais pas à dire non plus que l’école doit tout faire. À la maison, les parents peuvent faciliter le travail des formateurs. Se connecter à leur progéniture à travers des activités ludiques est nécessaire pour stimuler leur curiosité. En Afrique subsaharienne, le pourcentage des familles possédant au moins trois livres pour enfants à la maison est très faible. Il est de 4,9% en Côte d’Ivoire, 3,6% au Cameroun et de 0,4% au Mali. Inversement, le pourcentage des familles possédant au moins deux jouets à la maison reste très élevé au Mali (40%). Dans certains pays comme le Tchad, ce taux atteint les 49% (PNUD, 2013). Naturellement pour la Guinée, il y a pénurie de données chiffrées. 

 

De l’importance d’identifier le profil d’apprentissage de chaque enfant ?  

46% des enfants arrivent en dernière année du primaire en Guinée (un taux de survie de 58,6% selon l’UNICEF). Pourquoi ? À mon sens, certains échecs “peuvent” être expliqués par la façon individuelle d’assimiler les connaissances. En effet, chaque enfant détient un mode préférentiel d’apprentissage. Ce qui fait qu’on distingue les visuels, les auditifs et les kinesthésiques.

Pour illustrer cet argument, rien de mieux que l’exemple d’une séance de révision à la maison avec Aïcha (9 ans en CM1), Mariame (10 ans en CM2) et Amadou (11 ans en 6e). Mariame mémorise sa leçon en faisant des notes. Elle a besoin de visualiser et de synthétiser. Mariame serait donc visuelle. Pour Amadou, c’est tout le contraire. Il mémorise son cours en le récitant, il a besoin de se raconter les idées à voix haute ou basse, de l’entendre dire. Amadou serait donc auditif. De son côté, Aïcha est kinesthésique. Elle apprend plus facilement en bougeant son corps. Pour retenir son cours, elle a besoin de marcher, de gigoter, de mimer ou de dessiner.

En voilà trois enfants au profil de perception différent. Une particularité qui ne peut être décelée à l’école où la culture de nos instituteurs est à la fois généraliste et non bienveillante. Devant une telle scène, il revient donc aux parents de privilégier l’observation, le questionnement, l’écoute de l’enfant et l’empathie. En effet, identifier très tôt le profil de chaque enfant est nécessaire pour mettre en place une stratégie d’apprentissage gagnante. Loin de moi l’idée que cela pourrait prévenir tous les échecs scolaires. Mais cette méthode pourrait être extrêmement fructueuse.  

 

Pour une pédagogie centrée sur le rythme de l’apprenant !

En l’état actuel de l’Éducation Nationale, je reste convaincue que certains enseignements scolaires doivent tirer leurs révérences au profit d’une pédagogie nouvelle. Oui, parce qu’il y a possibilité d’une autre école guinéenne celle centrée sur l’élève. Faire autrement, apprendre l’enfant à se connaître, à développer sa créativité, son esprit d’initiative.  Une école comme un exhausteur de créativité ? Qu’en pensez-vous ? 


Que font les femmes au Parlement ?

Ainsi bredouillait mon oncle lors de la dernière rencontre familiale. Pourquoi cette interrogation si lapidaire ? Ne vous inquiétez pas. Je vous dis tout. Voyez-vous cher(e)s lecteur(ice)s, mon oncle c’est ce monsieur qui ne peut ni être tenu en fin philosophe, ni en fin politologue. Tout de même, il se voudrait le détenteur du savoir.  

Crédit photo : Fadumo Dayib
Crédit photo : Fadumo Dayib

La politique, l’apanage des femmes ?

Comme à l’accoutumée, je retrouve la famille, le temps d’une pause dominicale. Cet après-midi, mon oncle et moi échangions à propos de la politique africaine. En l’occurrence, de la prolifération des candidatures féminines dans les instances élues. C’est donc avec aménité que j’appréciai la candidature à la tête de la Somalie, de Madame Fadumo Dayib. Je trouvais que cette dame incarnait un parangon d’authenticité. Volontaire et engagée, son élection à la présidence insufflerait une dynamique nouvelle à cette Somalie patriarcale. J’étais fière de voir cette génération de femmes africaines, afficher leur ambition (parfois démesurée). Poursuivant l’éloge dithyrambique de la candidate somalienne, je m’étonnais en même temps de la sous-représentation des femmes au Parlement. Tout naturellement, je décidais de poser un regard bien critique sur ma Guinée natale.

Dans un pays où les femmes représentent la moitié de la population, pourquoi ne constituent-elles pas le quart des élus au Parlement ? Le quota législativement fixé étant de 30% des femmes guinéennes pouvant être à la chambre des députés. Ce que je trouve absurde soit dit en passant. Si les femmes souhaitent se faire entendre à travers un scrutin. Grand bien leur fasse. Pourquoi les en priver ? En Guinée, notons que 23,8% des femmes sont membres du gouvernement (soit 7 femmes sur 33 ministres) et seulement 0,08% occupent les fonctions de gouverneur de région.  Comment expliquer cette faible présence féminine en politique ? Où sont passées ces braves femmes guinéennes ? déplorais-je.

« À leur place ! Grommela mon oncle. Ces bonnes femmes ont justement compris où se trouvait leur place. Et ce n’est certainement pas au sein de l’hémicycle. Mais d’ailleurs, que feront-elles au Parlement ? Quel rôle pourraient-elles prétendre jouer dans cet antre de loups ? Dans ce cancan ? finit-il par me lancer d’un ton circonspect. Rassurez-vous cher(e)s lecteur(ice)s, la désinvolture de mon oncle ne me surprenait guère. Néanmoins, il n’était pas le seul à le penser. Peu savent réellement les fonctions de la femme parlementaire. Et souvent, cette dernière ignore elle-même, le pouvoir qu’elle détient en siégeant à l’Assemblée nationale ou au sénat.

Crédit photo : Guinéenews
Crédit photo : Guinéenews

Quelles prérogatives pour une élue parlementaire ?

Comme le savez probablement, le Parlement est un espace de pouvoir, de réflexion et de décision. Les élus au Parlement votent des lois qui touchent entre autres, le champ du social pour ne citer que celui-ci. Sans les femmes au Parlement, la question féminine aurait peu d’intérêt. En effet, des lois seront votées sans pour autant qu’elles puissent bénéficier pleinement aux femmes. Et pourtant, qui d’autres qu‘elles, peut le mieux cerner avec précision leur besoin quotidien ? En siégeant au sein de l’hémicycle, les élues deviennent les porte-parole des sans voix. Connaissant parfaitement les revendications de leurs congénères, les femmes parlementaires adopteront des positions défendant le bien-être des femmes.

Par ailleurs, une femme parlementaire a des prérogatives importantes lui permettant d’influencer les décisions. Elle participe au débat parlementaire, s’engage au sein des commissions et le plus important, elle initie des textes de loi ambitieux prenant en compte les soucis des minorités. Ces textes seront d’abord examinés, votés puis adoptés et enfin promulgués. Il peut s’agir d’une loi permettant à la veuve marginalisée dans l’accès à l’héritage d’obtenir gain de cause, d’une loi attribuant à la femme agricultrice des droits sur cette parcelle de terre. Ou encore d’un texte de loi protégeant les filles des mariages précoces et des mutilations génitales

En revanche, j’insiste sur un point capital, la présence féminine à la chambre basse n’est certainement pas la solution idoine des discriminations que peuvent subir les femmes dans nos sociétés africaines. Pour que les actions des élues ne soient pas insignifiantes, les lois doivent être convenablement appliquées. Cette efficacité découlera d’un contrôle strict dans leur exécution. Et là encore, le rôle des élues sera non négligeable. Pour qu’un texte de loi, sanctionnant par exemple les violences sexuelles, soit strictement appliqué, elles devront s’il le faut, se constituer en groupes de pression pour interpeller le gouvernement et insister auprès des services publics. Non, les femmes parlementaires ne font pas de la figuration pour satisfaire une certaine parité. Au contraire, elles constituent des actrices à part entière dans la promotion des droits des femmes et des enfants.

Femmes parlementaires -Classement Afrique
Femmes parlementaires -Classement Afrique

Le Rwanda ou le leadership politique au féminin

Sur le continent (et pas que), seul le Rwanda peut se targuer d’une bonne représentativité des femmes dans les instances parlementaires (figure ci-dessus). Encore le Rwanda vous me direz. Oui ! Toujours le Rwanda. Outre son système éducatif très exemplaire (taux de scolarisation avoisinant 100%), le Rwanda a su instaurer au fil des années, une vraie culture de la parité au sein de ses institutions. La proportion des femmes à la chambre des députés est de 64%, et 39% pour le sénat. Et pour parfaire le tout, une femme est à la tête de la présidence du parlementQuoi qu’il en soit, il est évident que cette supériorité féminine n’est pas du tout anodine. Si le Rwanda a eu la hardiesse de miser sur la parité, c’est qu’il a tout intérêt à le faire. Et c’est tout à son honneur. 

Le fait est qu’aujourd’hui, que ce soit dans les postes ministériels, au sein du parlement, ou sur la table de négociation dans les accords de paix et de sécurité, les femmes ont tout à fait leur place dans ces instances décisionnelles. D’aucuns diront que c’est une exigence démocratique. Certes, pour moi, il s’agit plutôt des prémices du développement humain d’une nation. Toutefois, il revient aux femmes d’être audacieuses, d’oser bousculer les codes pour construire un vivier politique. Se présenter aux élections communales, municipales ou dans les autres instances élues de la localité sera toujours un premier pas vers une citoyenneté politique.

À la question : que font les femmes au Parlement ? Ma verve a su convaincre mon oncle qui fut outre mesure surpris.

 


Kahloucha, Ghuira : quid du racisme en Tunisie ?


« Kahloucha », « Ghira », ou le racisme tunisien

« Racisme », « xénophobie » ,  « kahloucha », « Ghira » : des mots qui ne me parlaient pas jusqu’au jour où j’ai foulé le sol tunisien. Le 21 mars célèbre chaque année la lutte pour l’élimination de la discrimination raciale. Pour célébrer ce jour j’ai décidé d’écrire un billet qui me ramène quelques années en arrière, en Tunisie. C’est dans ce pays où je me rendais en tant qu’étudiante que, pour la première fois, le racisme s’est imposé à moi. Le racisme pas seulement comme une évidence, mais surtout comme une réalité, une expérience vécue.

Je suis guinéenne, d’autres disent « noire » ou « africaine »…  je suis arrivée en Tunisie pour quatre années d’études, quatre années de ma vie dans un pays qui parle des  « africains » comme s’il s’agissait d’un continent complètement étranger ! La Tunisie ne se revendique pas de l’Afrique, son africanité semble être totalement inconsciente, les noirs y sont traités d’esclaves ou de nègres, au féminin ça donne des termes péjoratifs comme « kahloucha » ou « Ghira ».
Tunisie, je t’aime et je ne t’oublierai jamais, mais voilà, c’est sur ton sol que j’ai connu le racisme.
Tunisie, je t’aime et je ne t’oublierai jamais, mais je vais quand même écrire ce billet pour  raconter quelques –unes de mes tristes expériences d’étudiante guinéenne en Tunisie.

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(Main dans la main. Crédit France 24)

Aéroport de Tunis
Nous étions une bande de sept étudiants guinéens et nous venions poursuivre des études supérieures en Tunisie. Ce jour-là, assommés par le vol, nous ne souhaitions qu’une chose : rentrer, dormir et nous réveiller en forme le lendemain pour aller voir l’avenue Bourguiba – les Champs Elysée Tunisiens ! –  dont on avait tant entendu parler. Mais c’était sans compter sur le traitement exclusif que nous réservait la police des frontières à l’aéroport.

A la sortie de l’avion, notre groupe a été mis à part. Le motif ? Nous venions d’Afrique noire, cela suffisait à nous séquestrer le temps d’un contrôle d’identité particulier. Les autres passagers du vol (à première vue des africains du nord) n’ont eu aucun problème à passer le filet de sécurité. Notre guide consulaire est rapidement arrivé, mais, même en brandissant tous nos papiers en règle, les policiers se montraient hermétiques à toute issue favorable. On se serait crus tels des voleurs pris la main dans le sac. Ils attendaient le prochain vol pour nous rapatrier illico ! Finalement,  quatre heures après, dépités et abasourdis,  nous sortions enfin de l’aéroport.

Premier jour à la Faculté
Mon professeur tunisien d’éco-gestion m’interpella devant tout l’amphithéâtre en me lançant  effrontément : « Hey Kahloucha » (nègre), il me montrait du doigt sans vergogne, « comment es-tu arrivée en Tunisie ?  Attends !  Je le sais …  par la nage, comme vous tous ! ». Je me suis raidie intérieurement. J’étais sidérée, je n’arrivais pas à croire qu’un professeur puisse sortir de telles absurdités. Ma seule réponse fut mon sourire benoît, mais au fond de moi je fulminais.

Les rues de Sfax
Le racisme, c’est aussi ces moments où, quand mes amies et moi-même nous nous promenions dans les rues de Sfax, des enfants, encouragés par leurs parents, scandaient derrière nous « Ghira, Ghira, rentrez chez vous ». Entendez « Ghira » comme nègre et esclave.

Le  taxi véhément
Le racisme, c’est encore quand, à l’arrivée d’un trajet en taxi, le conducteur triple sans scrupules  le compteur du taximètre. J’ai eu beau crier au scandale et demander pour quelles raison cette attitude, le monsieur tout grassouillet avec le visage buriné par le soleil m’a regardé droit dans les yeux et m’a répondu avec assurance « Tu n’es pas contente ?  Tu n’avais qu’à pas venir en Tunisie. Il fallait rester chez toi ! C’est tout, voilà  Kahloucha ! Et maintenant « atini flous » (file le flouze).

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(Visage et continent africain. Crédit France 24)

Eh oui… les actes racistes foisonnent en Tunisie, j’en ai malheureusement fait l’expérience et tous les étudiants étrangers qui y ont séjourné vous diront la même chose que moi. De la Tunisie à la France j’ai connu tant d’actes racistes qu’aujourd’hui  j’en rigole.
Pourquoi ? Parce-que je pense que les personnes racistes souffrent d’une chose dont elles sont esclaves : leur ignorance. Cette absence totale de tolérance vis-à-vis des autres a pour origine ce que j’appelle  « notre dictateur intérieur ». Notre vie est dirigée par un dictateur, autoritaire et ignorant. Ce dictateur qui nous dirige ce sont nos croyances, nos illusions. Certaines d’entre elles nous rendent idiots et gâchent nos vies : la méconnaissance du monde qui nous entoure et nos croyances sur les autres. Méconnaissance et croyances sont en effet  le terreau du racisme, c’est là que ce phénomène prend vie et s’enracine.
Le racisme se traduit surtout par la promotion et la montée de la méchanceté sociale. Il faudrait inventer une manière de vivre ensemble dont les bases ne seraient pas d’être contre tout ce qui ne nous ressemble pas, de ne pas être contre tout ce qui nous est inconnu, étranger.


Un RDV inattendu avec Chimamanda !

D’aucuns d’entre vous ont toujours rêvé de rencontrer leur modèle, cette personne qui vous fascine et vous influence positivement dans votre vie. Je l’appellerai mon inspiration : celle qui a réveillé la part de féminisme qui a longtemps sommeillé en moi.

Chimamanda Ngozi Adichie
Chimamanda Ngozi Adichie

Elle, c’est *Chimamanda Adichie ! Il y a quelques jours, j’avais RDV avec elle au 37 Quai Branly.

Tout commence quand cette alerte d’un évènement titré « Les débats du Monde Afrique à Paris : les femmes, avenir du continent africain » se glissa sournoisement dans ma boîte mail. Encore, un de ces éternels débats sur l’Afrique disais-je soliloquant. Curieuse, je survolais avec une légère appréhension le contenu du programme. C’est alors que mon attention se porta sur : 14h25 conversation avec Chimamanda Adichie. Ce nom avait un écho tout particulier en moi. Surprise, étonnée, je restais là prise d’une soudaine catalepsie. Quoi !? Chimamanda à Paris en même temps que moi. Impossible pour moi de ne pas aller la voir. Non, je ne manquerais en aucun cas ce RDV volé.

#LMAParis2016
#LMAParis2016

Après avoir déplacé quelques montagnes, ce mardi 14h tapant, je me retrouvais là assise dans cette salle tamisée du 37 Quai Branly. En attendant Chimamanda, le temps me parut une éternité même bercée par la voix douce de la chanteuse camerounaise Patricia Essong.

Patricia Essong entourée de sa troupe
Patricia Essong #LMAParis2016

14h30 : elle était là, faisant son entrée sous les acclamations d’une foule d’admirateur. Ce que j’ai vécu à ce moment, était au-delà de la compréhension. L’instant était parfait. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Rien à ajouter à cette perfection sans la détériorer, s’en s’éloigner et finalement la perdre.

La conversation avec la journaliste du Monde, Sylvie Kauffmann commenca enfin. Elle porta sur des sujets divers et variés. Sur Formation de Béyoncé, sur les cheveux de Michelle Obama, sur la présidentielle aux USA. J’avoue que j’ai été un tantinet déçu par la tournure de la conversation qui s’éloignait de l’essence même de la rencontre. Il a fallu attendre la séance des questions de l’auditoire pour que je retrouve la Chimamanda volubile et loquace.

Deux personnes du public m’ont littéralement séduit. Ce jeune homme comorien qui demandait à Chimamanda quels conseils pouvait-elle donner à cette nouvelle génération de filles. Attention, je le cite : « Chez nous, aux Comores, on ne naît pas Hommes, on le devient. Et ce sont les femmes africaines qui contribuent elles-mêmes à entretenir la domination des hommes sur elles. » (Vous aurez compris le clin d’œil à Simone de Beauvoir).

© Stephan Gladieu / Banque mondiale

Ou de cette jeune fille très déterminée qui argua avec une fierté contagieuse : « Je ne comprends pas pourquoi tout le monde pense que le féminisme africain vient du féminisme occidental. Ceux qui pensent cela, oublient une chose : l’histoire africaine a été marqué par des femmes très combattives qui ont fait la fierté du continent. Je parle de nos reines, de nos amazones ou de nos résistantes. Pour moi, l’Afrique a une leçon de féminisme à donner à l’Occident. » Applaudissements ! Clap ! Clap ! Clap !

Les amazones du Dahomey
Les amazones du Dahomey

Voilà ! Conversation avec Chimamanda terminée ! Je retiendrais d’elle, outre sa grâce naturelle, sa voix à la fois douce et imposante, ces quelques bribes de mots : « La prise de pouvoir par les femmes n’est pas quelque chose d’ordinaire. Il faut la revendiquer à tout prix pour changer la donne. L’égalité de genre est un débat en cours. Avec l’implication des hommes, on peut arriver au gender equality. On peut être féministe et porter du rouge à lèvres, mettre des talons aiguilles et s’amuser. »

Kelly Rowland
Kelly Rowland

Sur ce, l’écrivaine s’engouffra vers la porte de sortie. Et moi, je restais là, assise, silencieuse, triste de ne pas avoir eu mon selfie avec elle. Pourquoi d’ailleurs ? Je me le suis demandée ! Par peur surement, de me faire rembarrer. Il faut raison garder, Chimamada est une star.

Ruminant mon échec cuisant, j’allais me diriger vers la sortie, lorsque soudain, je fus attirée par ces portraits de femmes africaines exposés le long du mur. Des femmes autonomes dont le courage et la résilience transperçaient la photographie. Elles venaient du Niger, Togo, Bénin, Ouganda, Éthiopie et avaient été immortalisé par le photographe Stéphane Gladieu qui dit d’elles : « qu’elles sont la plus grande richesse du continent, son avenir. »

© Stephan Gladieu / Banque mondiale
© Stephan Gladieu / Banque mondiale

C’est comme en apesanteur, que je quittais donc le 37 Quai Branly. Et comme pour réenchanter l’instant, je marchais le long du pont Alma respirant l’air frais de ce mardi soir. Il est inutile de vous dire qu’à ce moment précis, un bonheur indescriptible irradiait en moi. J’avais vu Chimamanda et j’allais enfin le barrer de ma wishlist. Quoique, je me promets de la revoir et cette fois-ci, en aparté. Une promesse que je glanais timidement sous le regard bienveillant de la lune naissante.

*En savoir plus, lire : Chimamanda Ngozi Adichie : « Nigériane, féministe, noire, Igbo et plus encore »


L’Afrique, les femmes et la COP21 !

Ici, ce n’est pas Kyoto, c’est Paris ! C’est là que se déroule depuis moins d’une semaine, la conférence sur le climat : la COP21. Une grand-messe à laquelle les gros pollueurs de la planète, les pollués et les « autres » sont obligés d’assister. Faut dire que l’enjeu est planétaire : trouver fissa, un accord bénéfique pour le climat. 

Jusque-là, tout va bien ! Je ne dirais pas dans le « meilleur des mondes. » Car c’est sans compter sur la marée noire des critiques pessimistes et des théories subversives qui pèsent sur l’issue de la COP21. Fallait s’y attendre quand même.

1 Heart 1 Three, un projet pour la COP21
1 Heart 1 Three, un projet pour la COP21

Par ailleurs, s’il y a bien une qui ne compte pas rester en marge de la COP21, quitte à taper du poing sur la table. C’est bien l’Afrique. Et oui, le continent fait parler de lui. L’Afrique compte bien remporter le premier tour de sa partie de poker « environnemental ».

En effet, les pays représentés n’excluent pas de monter au front pour obtenir des financements afin de faire face aux défis climatiques du continent. Ça parle d’un coût du changement climatique de 16 milliards de dollars pour l’Afrique. Ok ! Stay tuned.

Autre chose à relever sur la COP21, point de féminisme ici, je vous le dis d’emblée. Mais juste un détail rédhibitoire (enfin pour ma part) : le contraste entre l’imposante présence des hommes du climat et la discrétion des femmes. Jdcjdr !

Photo officielle de la COP21
Photo officielle de la COP21

Cependant, même moyennement représentées, les femmes sont également assises autour des tables des négociations de la COP21. Les « Climate Warriors » les surnomme-t-on. Au nombre de 13, elles comptent chacune marquer d’une estampille, les discussions sur les enjeux climatiques.

Qu’elles viennent du Sri Lanka (Achala Abeysinghe), Costa Rica (Christiana Figueres), Nigéria (Priscilla Achakpa), Pérou (Farhana Yamin), des Îles Marshall (Kathy Jetnil-Kijiner), de New York (Elizabeth Yeampierre) ou du Tchad, la COP21 prend une autre dimension avec elles. Leur portrait ici Climate Warriors by VOGUE.

Hindou Oumarou Ibrahim
Hindou Oumarou Ibrahim

Parmi ces femmes, on retrouve la Tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice des femmes autochtones du Tchad (AFPAT). On s’en doute bien que pour cette activiste, la COP21 n’est pas qu’une simple partie de Poker où pollueurs et pollués essayent de tenter un coup de bluff.

Loin de là, l’enjeu est essentiellement vital. « Pour nous, il n’est pas question de réglementation, c’est une question de survie. Si les femmes se réunissent, elles peuvent avoir plus d’impact sur les négociations. Parce que nous savons que l’avenir ça vient de nous. »

A ce propos, vous n’êtes pas sans savoir que la région du lac Tchad en Afrique est en proie depuis quelques années, à une désertification galopante. N’en parlons pas du ravage du réchauffement climatique sur les populations.

Une COP21 déterminante ? Encore, faut-il que l’homélie des prêcheurs du climat soit entendue au sortir de la grand-messe…

 


A Paris, les tontines sont africaines

C’est en assistant dimanche, à une tontine de femmes dans les quartiers peuplés de Paris que l’idée m’est venue de gribouiller ces quelques mots. En effet, cela fait belle lurette que les tontines existent surtout en Afrique où elles sont largement reconnues comme « la banque des femmes ». Répandue aussi bien dans les zones urbaines que rurales d’Afrique, on assiste désormais à une exportation de cette pratique loin des frontières africaines. A vrai dire, ces dernières années, force est de constater que les associations tontinières ont le vent en poupe à Panam (Paris). Bien qu’un regroupement de femmes d’origine africaine, les tontines se substituent intégralement à  l’épargne bancaire.

Une tontine! C’est quoi?

Partout en Afrique, dans les pays comme le Bénin, le Cameroun, le Congo, la raison d’être de ces associations féminines était la défense de leurs intérêts, une sorte de solidarité féminine, d’entraide basée sur la confiance mutuelle. Face à la pauvreté, à la conjoncture économique et aux difficultés du secteur formel (la banque) à octroyer des crédits, l’idée est venue aux femmes de se constituer en association rotative d’épargne (système informel). Explicitement, la tontine est une association d’individus unis en fonction de leurs liens amicaux, familiaux, de leur appartenance à une même profession, un même quartier et qui se regroupent (mensuellement par exemple) afin de mettre en commun leur épargne pour résoudre des problèmes personnels ou collectifs.

Le fonctionnement est simple…

 Au départ, ces femmes décident d’un commun accord du montant fixe à verser pour la cotisation mensuelle. Et sous forme de tirage au sort mensuel, le bénéficiaire de la somme totale est connu. Il s’ensuit donc un système rotatif jusqu’à ce que le dernier membre reçoive cette somme. Une fois que, toutes les participantes ont reçu leur part, le cycle recommence par un autre tirage au sort. Sous forme de contrat social, la tontine est régie par des règles propres et strictes, applicables aux membres. Pour garantir le respect des versements, des amendes sont infligées en cas de retard de paiement. Un trésorier est choisi parmi les membres pour tenir la comptabilité de l’association. Comme avantage, ces épargnes ont permis aux femmes de subvenir aux besoins de leur foyer, de financer les études de leur progéniture et même d’organiser leur mariage.

 Justine, l’une des bénéficiaires de ces tontines me raconte son histoire…

A Paris, les femmes qui intègrent ces associations financières ont des objectifs louables : investir dans leurs pays respectifs entre autres. Hier, j’ai accompagné ma tante à l’une des réunions mensuelles de sa tontine. Profitant agréablement de cette rencontre inopinée, je suis donc allée de ma petite interrogation. La rencontre se passait chez l’une d’entre elles dans le 18e arrondissement de Paris. Au total, 15 femmes provenant toutes de la Guinée et âgées de 25 à 40 ans. J’y ai rencontré Justine, la benjamine de ce groupes. Arrivée à Paris comme étudiante, il y a de cela huit ans, Justine en plus de ses cours à l’université, multiplie des jobs étudiants depuis six ans. Elle gagne environ 1 000 € par mois. Justine habite chez sa tante, c’est elle qui lui a soumis l’idée d’intégrer sa tontine comme la 15e personne. Justine ne regrette pas. Investir 200e de sa paie mensuelle ne lui a donné que des avantages financiers. Chaque mois, il lui suffit de ponctionner cette somme de sa petite épargne bancaire, de l’injecter dans l’association et attendre sagement son tour au tirage au sort mensuel afin de recevoir ses 3 000 €.  Avec ce pécule et en plus de son salaire, elle est arrivée à ouvrir un petit commerce à Macenta (ville guinéenne). Une boutique de vente de vêtements pour jeunes filles assez rentable qu’elle a confiée à sa grande sœur. Chose faite, elle a désormais comme projet l’achat d’un lopin de terre en vue d’une construction dans son pays. Comme à l’accoutumée, Justine attendra son tour. Ambitieuse et consciente qu’il lui faudra encore deux années ou plus pour réaliser son projet, la jeune femme n’en démord pas.

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Une perception erronée des tontines…

Personnellement, je me suis complètement fourvoyée sur le but de ces tontines. A l’époque, quand j’étais adolescente, j’abhorrais ces groupements de femmes dont ma mère prenait part les dimanches. Quand son tour venait et qu’elle accueillait  la  fête de sa tontine dans notre cour, je n’y voyais que du feu. En effet, j’ai toujours cru que cette réunion de grandes femmes ne servait entre autres qu’à piailler et à préparer des cérémonies inutiles. Je n’avais jamais imaginé qu’elles en tiraient des profits financiers. Aujourd’hui, connaissant le fonctionnement de ces tontines et la sécurité financière qu’elles représentent pour les femmes des pays en développement, je plussoie l’idée même de ces regroupements. Outre le gage financier qu’elles assurent, les associations tontinières sont devenues au fil du temps une sorte de capital social. Ces femmes sont unies entre elles selon le principe de confiance « trust ». Si jamais, une de ces femmes et sa famille faisaient face à quelques imprévus financiers, les membres de la tontine avancerait son tour pour qu’elle puisse bénéficier de la somme due ou allaient jusqu’à côtiser pour l’aider.

Les tontines profitent au développement!

A l’issue de la réunion, j’ai demandé à ma tante si, elles avaient, outre leurs objectifs personnels, des projets communs pour la Guinée. Oui, argua-t-elle. Elles ont pour projet de se constituer en ONG pour défendre une cause qui leur tient à cœur. Elles ne m’en ont pas dit plus…À suivre ! Pour finir, la vulgarisation des associations tontinières au sein de la communauté africaine de Paris et même de Bruxelles est dans une certaine mesure, un outil de développement pour le continent. Car, les sommes d’argent épargné par ces femmes sont le plus souvent destinées à être réinvesties dans leurs pays d’origine.


Recherche d’emploi: le pouvoir du Capital Social

Remarque préliminaire
Ces dernières années, les chiffres témoignent de l’évolution du PIB en Afrique Subsaharienne. D’ailleurs, selon les tenants de la croissance, une forte variation positive du PIB d’un pays se conjugue nécessairement avec créations d’emplois ceteris paribus. Ce qui n’est absolument pas le cas de la région subsaharienne. En effet, partout dans ces pays dotés d’une bonne croissance économique, des jeunes fraîchement diplômées battent le pavé sans trouver d’emplois qualifiés. Il convient donc de remarquer que la croissance économique ne fait pas recette du moins dans la réduction de la pauvreté et du chômage. Ce qui d’ailleurs, fait dire au plus iconoclastes des théoriciens, qu’un ingrédient aurait été oublié dans la quête du développement économique. Ce remède selon eux, consisterait à puiser dans le social pour parfaire l’économique. Il s’agirait du Social Capital (ou Capital Social en français).

Quid du Social Capital ?
Dans le cadre de ce billet, je le définirais en faisant référence au stock de relations sociales accumulés par l’Homoeconomicus (Id. l’agent économique) tout au long de sa vie. De manière plus épurée, pour l’individu, avoir du capital social, c’est détenir un réseau important de relations sociales qui peut lui être profitable. La recherche d’emplois par un jeune diplômé est ici, l’exemple adéquat pour mettre en lumière, l’importance du « Social Capital ». Il est indéniable qu’aujourd’hui, sur le marché du travail, persiste un chômage involontaire des jeunes. Dorénavant, il ne suffit pas ou (plus) d’être méga-diplômes ou de sortir de grandes écoles pour trouver instantanément un emploi sur mesure. Plusieurs autres facteurs rentrent indéniablement en compte nonobstant notre bagage académique. Tel que l’échec du système de prix à permettre un équilibre entre offre et demande d’emploi : l’offre d’emploi est toujours inférieure à la demande. Là où le marché a échoué, le capital social de l’individu peut y remédier.

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On l’explique par le cas de Pascal, notre jeune diplômé…
Pascal cherche du travail et en plus il est doté de bonnes compétences. C’est d’un naturel enthousiaste et optimiste que Pascal passe par le marché du travail pour trouver son bonheur. Après maints tentatives, force est de constater que Pascal n’est pas l’élu : la compétitivité fait rage sur le marché de travail. Beaucoup d’appelés peu d’élus (ils sont nombreux les jeunes diplômés compétents à l’image de Pascal). Après avoir essuyé plusieurs échecs en une année, Pascal n’en démords pas. Dans un pub (bar) du coin, Pascal rencontre ce jeune homme à fière allure, un ancien camarade de l’université (avec qui, il est resté en bons termes après la faculté). Ce dernier travaille aujourd’hui, dans une PME locale. Autour d’un verre, les deux amis discutent du bon vieux temps. Pascal fait part de sa situation à son bon ami. Ce dernier lui suggère de postuler dans son entreprise qui, est en train de recruter beaucoup de jeunes à la compétence de Pascal. Une lueur d’espoir pour Pascal. Il remercie son ami du tuyau. Notre jeune demandeur d’emploi postule dès le lendemain et il est appelé une semaine plus tard, pour un entretien et finit par décrocher un contrat de travail à durée indéterminée. Comme beaucoup de personnes, Pascal a tout simplement utiliser son capital social pour trouver un emploi. Le capital social de Pascal est constitué de ses anciens camarades de l’université, de ses proches amis, de ses voisins ou de sa famille.

Avec le capital social, tout est question de « réseau »…
En effet, le réseau de relations sociales détenu par un individu peut influer sur la dynamique de sa recherche d’emploi. A posteriori, l’existence de « bonnes » relations peut être un atout crucial pour un agent économique en quête d’opportunité d’emploi (à l’image de Pascal). Faut-il encore pour lui, savoir déceler les bonnes relations « Bonding » des moins bonnes « Bridging ». Et seul la confiance « Trust » permet de discerner le vrai du faux dans ses relations. Dans une optique différente, je dirais que de nos jours, l’agent économique n’a plus la plus patiente d’attendre que le marché du travail s’équilibre par l’aide d’une quelconque main invisible (ou visible). Autrement, il n’est plus rentable pour l’individu compétent d’attendre qu’une offre d’emploi corresponde à sa demande d’emploi (ou l’inverse). L’individu (le demandeur d’emploi) crée lui-même sa propre offre (J.M. Keynes). Cela se matérialise par l’aptitude à l’autoentrepreneuriat des jeunes diplômés africains. Pas d’emplois, alors ils créent leurs propres entreprises et deviennent de facto, autoentrepreneurs. Mais quel rapport avec le Social Capital ? Me diriez-vous ?

Réseaux sociaux professionnels et opportunité d’emploi…
Notre période est caractérisée par l’émergence des nouveaux médias et de l’ économie du partage bousculant ainsi les traditions. Désormais, ces jeunes autoentrepreneurs du continent s’organisent en réseau professionnel virtuel dont le but est le partage d’information et d’opinion. Au sein de ses groupes de relations sociales, se concentrent des professionnels, des jeunes travailleurs, des diplômés en recherche d’emploi, des jeunes talentueux… Ces réseaux constituent une forme d’entre-aide dans la recherche d’emploi. Même virtuelle, les relations sociales sur le Web peuvent être considérées comme du Social Capital dans la mesure où elles constituent une plus-value économique pour ces membres. Cependant, sur l’efficacité de ces réseaux à permettre à l’un de ces membres de décrocher un emploi, je dirai que tout est une question de confiance sociale, d’altruisme, de coopération mutuelle et de transmission de l’information. J’insiste sur ce dernier point : l’information.

L’information cachée, une entrave au capital social
Il est communément admis en économie que la recherche d’information est coûteuse. Ceci est d’autant plus vrai que dans les relations entre agents économiques, il faut à tout prix éviter, ce que les économistes comme J. Stiglitz ou G . Akerlof appellent l’asymétrie d’information (ou information cachée). Exemple d’un membre du réseau qui détient une rente informationnelle : information utile et pertinente sur une opportunité d’emploi sur le continent mais se refuse à le communiquer à tout le réseau mais uniquement à un membre de celui-ci (du fait de leur liens ethniques, de parenté ou encore de proximité). Cela constitue une entrave aux règles qui régissent le fonctionnement même du réseau à savoir la transparence de l’information. Cette forme de non coopération pose un problème de pérennité et de viabilité de ces réseaux professionnels. En cela, le capital social ou le réseau de relations entre personnes n’est plus considéré comme une plus-value économique du fait de la capture de l’information et ne peut donc permettre le développement économique.

Le capital social, chaînon manquant dans les stratégies de développement ?
Oui, le capital social est un actif du développement. Ce sont les économistes du développement tels que Partha Dasgupta qui le professent. Pour ce dernier, le capital social (les réseaux) sont complémentaires au marché. Le seul inconvénient imputable est la capture de l’information sur les opportunités d’emplois par un même réseau. Par conséquent, le développement économique peut être lent dans la mesure où les opportunités d’emploi ne bénéficie qu’à un groupe créant ainsi des inégalités. En guise de conclusion, l’on retiendra que si, il est convenablement entretenu, le capital social peut être d’une utilité positive pour un individu en recherche d’un emploi.


Éloge de la Femme Africaine

Adama Paris NDiaye, Styliste sénégalaise
Adama Paris NDiaye, Styliste sénégalaise

Comme disait un philosophe connu, les femmes si elles réussissent bouleverseront la planète tout entière. C’est le cas actuellement des femmes africaines.
Aujourd’hui, la voix de l’Africaine est devenue prépondérante. Hier encore, celles qui étaient traitées de pusillanimes par les biens pensants, prennent désormais leur destin en main. Encouragées par la recrudescence du mouvement féministe et la lutte contre l’égalité des sexes, elles renversent pacifiquement l’ordre établi par la société et brisent au fur et à mesure le plafond de verre dans le milieu professionnel. 

Apte à l’action et animée d’une force téméraire, les femmes africaines font fi du sexisme ambulant et apprivoisent les métiers pourtant réservés aux hommes: métiers des Mines, métiers de l’ICT4D (Technologie de l’Information et de la communication pour le développement), Politiciennes, Parlementaires, Journalistes, Femmes d’Affaires, Femmes de culture pour ne citer que ceux-ci. Le leitmotiv de l’intellectuelle africaine n’est pas d’évincer l’homme d’emblée mais de participer au même titre que lui, à la vie économique, politique et sociale. Loin des clichés et des préjugés, les africaines font bouger le continent. Nombreuses sont celles qui aujourd’hui, constituent des porte-étendards d’une Afrique qui avance positivement. 

La sénégalaise Mariéme Jamme, Femme d'Affaires
La sénégalaise Mariéme Jamme, Femme d’Affaires

Qui s’en souvient de l’épidémie Ebola ? Pas plus tard qu’hier, les chiffres officiels de l’OMS montraient une baisse des contaminations et de la mortalité due au virus. Grâce à qui, me direz-vous ? A dire vrai, l’effort, le pouvoir de sensibilisation et la mobilisation de femmes africaines ont permis d’éradiquer peu à peu la maladie. Qu’elles soient bénévoles, infirmières ou médecins, les femmes des différents pays touchés par Ebola jouent un rôle non négligeable dans cette grande lutte. A l’image de ces femmes guinéennes de la ville de Kankan qui, ont eu la finesse d’esprit de fabriquer des savons contre Ebola. Des savons servant à se laver les mains instantanément et revendus à moindre prix pour être accessibles à toutes les couches de la population. En cette journée internationale des droits des femmes, mon coup de cœur tend donc spécialement vers ces femmes qui œuvrent sans relâche pour faire de leur pays un endroit sain pour ces enfants.

Des femmes distribuent du Savon contre Ebola dans les marchés. Photo PNUD Guinée
Des femmes distribuent du Savon contre Ebola dans les marchés. Photo PNUD Guinée

De nos jours, quand on fait allusion aux Africaines entreprenantes : Empowerment ou Autonomisation, est l’unique mot à la mode pour désigner leur ténacité. Les femmes africaines ont su entamer une crise d’autorité pour se défaire des contraintes de la société patriarcale. Nombreuses et persistantes sont leurs revendications quotidiennes : participation à la prise de décision du foyer, participer conjointement à l’éducation des enfants et surtout devenir des femmes africaines « breadwinners ». En effet, outre le mariage et l’enfantement, les femmes africaines en plus d’être des mothers Caretake (des femmes qui prennent soin de leur famille) veulent d’ores et déjà devenir des Breadwinner (des femmes qui travaillent et apportent de l’argent au foyer). Un rôle pourtant réservé à l’homme depuis des lustres.

Zenab Camara, Présidente et fondatrice de l'ONG Women in Mining Guinée
Zenab Camara, Présidente et fondatrice de l’ONG Women in Mining Guinée

Par ailleurs, si autonomisation et éducation des femmes sont inextricablement liées, le défi qui anime toutes les femmes entreprenantes du continent ne sera jamais relevé si l’éducation n’est pas pour tous : éducation pour les filles et garçons et de surcroît la parité. Car, malgré les actions entreprises en faveur de l’éducation des filles sur le continent, il y aura beaucoup de laissées pour compte dans l’accès à l’éducation. Environ 28 millions de filles ne seront jamais scolarisées et ne mettront sans doute jamais les pieds dans une classe (UNESCO, 2015). Chiffre alarmant car ces fillettes seront amenées à être des femmes de demain. Seule l’instruction scolaire est la clé leur permettant de s’échapper du cercle pernicieux de l’extrême pauvreté. Par conséquent, cette journée est opportune pour faire entendre les voix des jeunes filles invisibles et exclus de l’éducation.

Excellente journée à toutes les femmes du monde…


Confession intime d’une excisée

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Et pourtant, elle avait dit Non!
D’une voix stridente, elle avait crié
De sa petite force, elle s’était débattue
De toutes les larmes de son corps, elle avait pleuré
Avec ferveur, elle avait imploré les étoiles
Soumise à son impuissance, elle avait invoqué la bonté céleste
Face au malheur, elle s’était donc résignée.

Vie brisée, Liberté bafouée, Fille désabusée,
Perdue à jamais, elle était désormais,
Dans les abysses de l’enfer, elle s’était promenée,
Miséricorde divine l’avait quittée et Satan ne voulait guère d’elle.

Ô cauchemar ! Qui diable es-tu pour hanter ses nuits?
Hélas ! Cauchemar n’était point!
Dans les méandres du purgatoire, elle s’était réveillée,
Luttant contre sa Némésis.

Et pourtant, elle avait dit Non !
Mais inaudible était sa voix,
Sous la canicule, elle avait longtemps erré,
Le soleil, elle l’avait salué, mais celui-ci refusant de la brûler,
La pluie, elle l’avait impétueusement défiée,
mais ses fines gouttelettes faisaient mine de l’éviter.

Morte, elle se croyait, mais la faucheuse ne voulait guère l’emporter,
Vivre donc pour ressentir l’écorchure de ce jour,
Ô jour obscur, maudit es-tu !
Toi, le jour où ils décidèrent, faisant fi de son avis,
Atones seront donc ses plaies, honteuses seront donc ses cicatrices
Inaltérables, elle les porterait donc à jamais?
Et pourtant, elle avait dit Non !

Souviens-toi d’oublier, lui avait susurré une voix,
Passèrent les années, Sa destinée, elle l’avait acceptée,
Passions inassouvies, Ardente Concupiscence hélas guère d’extase,
Solitude, solitude ! Douce solitude, Toi qui subodore sa douleur
Que ferait-elle sans toi ?
Pour sonder ses blessures, elle se confie à toi,

Personne pour sauver son âme en peine,
Pis encore, personne pour la comprendre,
Ils ignorent tous que l’amertume
aime se complaire dans la solitude.
Et pourtant, elle avait dit non !

Elle, c’est l’excisée, Elle, c’est toutes les filles qui disent Non !
Non! Sans se faire entendre!
Elle, c’est toutes les filles qui ont séjourné en Enfer et qui y reviennent !
Non! À l’Excision des filles !
Non! À toutes formes de mutilations génitales féminines!